Tellin, un peu d’histoire…

A la frontière de la Province de Namur et de la Province du Luxembourg, L’actuelle commune de Tellin étend ses 5.600 ha à cheval sur la Famenne et l’Ardenne. Composée de quatre villages, Resteigne, Tellin, Bure et Grupont, regroupés lors de la fusion des communes en 1976, elle compte aujourd’hui environ 2.200 âmes. Comme tous les villages, les quatre entités recèlent de grandes richesses naturelles et patrimoniales et ont une histoire souvent tourmentée, mais toujours passionnante. En voici un petit aperçu.

Tellin.

Tellin apparaît dès les années 800 dans les échanges épistolaires encore conservés. Évoluant avec le temps, le nom actuel de Tellin semble avoir été fixé au 12ième siècle. Le village connaît une histoire mouvementée, se trouvant, comme beaucoup des entités de la région, sur le chemin de bien des armées en guerre. Il semble trouver son origine à site-tellin-1910-églisel’époque mérovingienne. Tellin est durant le moyen-âge dépendant de trois juridictions différentes : La juridiction Liégeoise (Mairie de Bure dépendant de l’Abbé de Saint Hubert), la juridiction Luxembourgeoise (Mairie de Wellin) et la juridiction Bouillonnaise. Du fait de cette particularité, Tellin reçoit la dénomination de Village d’Entrecours et bénéficie longtemps de certains privilèges qui y étaient liés. Ces privilèges s’éteignent avec la disparition de l’ancien régime fin des années 1700. Le village subit alors encore plusieurs incendies (dont le plus important en 1821 ravagea les ¾ des habitations), épidémies et guerres. Les occupations françaises et autrichiennes pillent les campagnes. L’indépendance apporte une paix nouvelle, brisée par les deux guerres mondiales.
L’histoire du village de Tellin se marque notamment par les activités industrielles qui l’ont animé. Jusqu’au début du XXième siècle, on exploite encore des carrières, des fours à chaux, des briqueteries et des scieries. La célèbre fonderie des cloches, qui a cessé ses activités en 1971, reste un point important de l’histoire du village. Les cloches sont d’ailleurs restées bien présentes puisqu’un musée de la cloche est chargé de perpétuer le souvenir de ce passé industriel pas si ancien que cela. En outre, une petite PME de Louvain, CAMPA, spécialisée dans les carillons est venue s’installer à Tellin, renouvelant ainsi la tradition du village. Et à tous ceux qui se moquent gentiment de notre « Pays des Cloches », nous rétorquons avec un sourire non moins moqueur que les cloches, au moins, elles résonnent, elles !
Bure.

L’origine de Bure est étroitement liée à celle de Tellin et il fut un temps où la mairie de Bure avait le contrôle d’une partie du village de Tellin, mais aussi de Grupont, Wavreille, Mirwart et même sans doute de Han-Sur-Lesse. De 817 jusqu’à la fin de l’ancien régime (1792 et la révolution française), Bure dépend de l’Abbé de Saint-Hubert, lui même rendant des comptes aux Princes-Evêques de Liège. Tout comme les autres villages de la commune, Bure traverse alors de nombreuses famines et épidémies lors des occupations françaises, autrichiennes et hollandaises. Puis vient l’indépendance.
L’histoire récente de Bure est marquée par la Seconde Guerre Mondiale et essentiellement par l’Offensive des Ardennes durant l’hiver 1944. Juste après avoir fêté sa libération par les Américains (septembre 1944), le village voit revenir les allemands début décembre. Le village est alors l’objet d’une bataille sanglante entre les Allemands d’un côté, arrivant de Rochefort, et les Anglais venus à la rescousse des Américains de l’autre, essayant à tout prix de stopper l’avancée ennemie. Et au milieu, la population terrée dans les caves du château. Le village fut l’objet d’une intense bataille d’artillerie qui se termina le 9 janvier 1945. Les Anglais entrèrent alors dans le village détruit et offrant un spectacle désolant. De nombreux vitraux, croix et autres monuments rappellent à tous que l’Offensive des Ardennes, fut arrêtée notamment à Bure, lors du glacial hiver 1944-1945.
Bure a aujourd’hui retrouvé un visage serein. Rythmé par les entrées et sorties des élèves du Collège d’Alzon, ancien château qui abrita les habitants durant la guerre, la vie suit son cours calmement. L’église est depuis 1948 un monument classé (début de la construction originale en 1738). On peut encore noter que Bure est le village qui compte en son sein le plus d’agriculteurs en activité (6).
Resteigne.

On retrouve les premières traces de Resteigne en 497 (Restennia). Le village tirerait son nom de la rivière qui le traverse et des eaux stagnantes qu’on y trouve. Divisé au Moyen-âge entre les juridictions Liégeoise (Abbaye de Stavelot-Village de Tevin ) et Luxembourgeoise (Mairie de Wellin -Village de Resteigne), le village a logiquement une histoire proche de celles de Tellin et Bure. Il est longtemps dominé par la famille D’Hoffschmidt. Cette famille possédait entre autre le château. De cette famille est issu l’Ermite de Resteigne Edmond D’Hoffschmidt dont l’histoire étonnante mérite bien d’être brièvement présentée. Fils d’Adolphe d’Hoffschmidt, dernier seigneur féodal de Resteigne, Edmond s’engage dans les armées napoléoniennes. Il se retire de l’armée avec le grade de Lieutenant et revient à Resteigne, où il construit et se retire dans une bâtisse (l’ermitage) au milieu des bois. Il y demeure avec une domestique et une meute de chiens. Il y médite, écrit des poèmes, philosophe, prie. Il chasse dans les bois environnants pour assurer sa survie. En 1845, il revient au château. Il y vit la même vie à la tête d’un domaine qui s’étendait sur Belvaux, Chanly et Ave et Auffe. Jusqu’à sa mort en 1861, il est d’une rare générosité avec les habitants de Resteigne, assurant le ravitaillement lors des disettes, la distribution de vivres lors des fêtes, de bois pour le chauffage, etc.… Son ermitage, dont on trouve encore aujourd’hui les ruines dans les bois de Resteigne reste le témoin de ce que fut cet homme exceptionnel.
Resteigne vécut longtemps autour de la carrière de pierre qui encore aujourd’hui laisse une large cicatrice au centre du village. La carrière a fermé ses portes en 1987 . Elle fut récemment le centre du rassemblement de toutes les communes de la province du Luxembourg lors de la manifestation Resteigne Expo 99. Resteigne bénéficie sur le plan nature du passage de la Lesse. La rivière va se jeter à la sortie du village dans le Gouffre de Belvaux et y commence son parcours souterrain qui a donné naissance aux fameuses Grottes de Han.
Grupont.

L’histoire de Grupont est relativement mal connue. Peu d’ouvrages y font référence. On sait que le village fut l’objet d’une donation à l’Abbaye de Saint-Hubert par l’Evêque de Liège en 1087. On retrouve ensuite des traces de Grupont lors de la construction d’une chapelle en 1540. Rattachée à Masbourg en 1823 sous le régime français, Grupont retrouve son autonomie en 1858.
L’économie de Grupont était avant tout agricole, bien qu’on signale des forges et des fourneaux en activité au XVIIième siècle. Une mine de plomb est même exploitée à cette période. D’ailleurs de nouvelles prospections concernant le plomb eurent lieu en 1874 par les moines de l’abbaye.
L’histoire récente du village est bien sûr étroitement liée à celle de Bure, surtout en ce qui concerne la Seconde Guerre Mondiale. Le village est réoccupé et pillé entre le 22 décembre 44 et le 10 janvier 45 par les Allemands. Plusieurs immeubles sont entièrement détruits.
Il faut encore signaler que Grupont est le seul village de l’entité Tellinoise a bénéficier du passage du train. Ce fut même en son temps (jusqu’en 1858) une gare de marchandise importante, car en tant que terminus de la ligne Bruxelles-Luxembourg, elle était utilisée pour le transport des bois qui constituaient une richesse naturelle locale. Actuellement, la gare demeure une étape des trains omnibus.